Le 31 août 2026, le Chrome Web Store a supprimé toutes les extensions restantes de l’ancienne architecture (Manifest V2). Le bloqueur de publicités uBlock Origin, qui compte des dizaines de millions d’utilisateurs, n’est plus disponible sur la boutique. D’un simple clic sur une mise à jour de politique, un géant de la technologie a effacé le dernier bouclier numérique de millions d’internautes ordinaires.
Le démantèlement des portes numériques pour des millions de personnes
La raison officielle donnée par Google pour ce retrait est la sécurité et les performances. La nouvelle architecture restreint le contrôle des extensions sur le code des pages web, affirmant ainsi mieux protéger la vie privée des utilisateurs. Cependant, cette norme de sécurité imposée d’en haut a exclu de la boutique les outils de blocage de publicités les plus efficaces.
Auparavant, les bloqueurs devaient évaluer des dizaines de milliers de règles en temps réel lors du chargement d’une page pour éliminer avec précision le code indésirable. Désormais, la nouvelle architecture limite le nombre de règles et la fréquence des mises à jour. C’est comme enfermer des agents de sécurité dans une cabine vitrée, ne leur permettant de donner des ordres que par talkie-walkie, tout en limitant la fréquence à laquelle ils peuvent regarder les écrans de contrôle. Ces limitations laissent les bloqueurs historiques complètement impuissants.
Figure : Annonce officielle du retrait de MV2 sur le Chrome Web Store. Source : Web Iterate
Les installations existantes de la version 138 et antérieures ne peuvent plus recevoir de mises à jour officielles. Des dizaines de millions d’utilisateurs habitués à un web épuré ne verront à l’avenir qu’un nombre croissant de fenêtres contextuelles impossibles à bloquer.
Bloquer les publicités, c’est bloquer les logiciels malveillants
Les publicités web en 2026 sont loin de se limiter à des fenêtres contextuelles vendant du shampoing. Ces boutons dissimulés dans les marges des articles d’actualité se font souvent passer pour des avertissements système tels que “Mémoire système insuffisante” ou “Nettoyer les virus maintenant”.
Le développeur beloch sur Hacker News a exprimé une inquiétude partagée par beaucoup : “If my parents get a new machine, the first thing I do is uninstall or, at least, delete the icons for Edge, Chrome, etc.. On goes Firefox, uBlock Origin, and a couple other extensions. They don’t care what browser they use. They can’t even name it. I just try to make sure they use a browser that isn’t horribly unsafe.” Une fois que le blocage des publicités échoue, ces campagnes de logiciels malveillants déguisées peuvent s’infiltrer facilement, trompant aisément les utilisateurs plus âgés sans bagage technique.
Par le passé, les jeunes générations à l’aise avec la technologie pouvaient installer uBlock Origin sur l’ordinateur de leurs parents, bloquant ainsi efficacement la grande majorité des fraudes malveillantes. Désormais, cette ligne de défense a été arrachée par la déclaration d’un fournisseur de navigateur, laissant les utilisateurs ordinaires sans leur bouclier le plus efficace.
Construire des refuges sous état de siège
Ce n’est pas seulement un problème lié à Chrome. La grande majorité des navigateurs basés sur Chromium dépendent de la boutique d’extensions de Google. S’il est introuvable dans la boutique, les utilisateurs d’autres navigateurs se retrouvent tout aussi démunis.
L’équipe du navigateur Brave a riposté. Ils ont décidé de construire leur propre infrastructure, en hébergeant les principaux bloqueurs (dont uBlock Origin et NoScript) sur leurs propres serveurs. Cette solution permet aux utilisateurs de contourner les restrictions de la boutique de Google et d’activer les anciens bloqueurs en un seul clic. Sous le blocus d’un géant monopolistique, les équipes tierces ne peuvent laisser une porte dérobée ouverte pour les utilisateurs qu’en absorbant des coûts de maintenance accrus.
Figure : Écran des paramètres du navigateur Brave montrant l’hébergement autonome d’uBlock Origin. Source : Web Iterate
Mais ce genre de sauvetage indépendant reste finalement une initiative de niche. Chrome, qui détient la part du lion sur le marché, a déjà tracé la voie d’une nouvelle ère. Les pragmatiques se contenteront peut-être de la version allégée uBlock Origin Lite, tandis que les utilisateurs inconditionnels promettent de passer à Firefox.
Les décisions de sécurité imposées sont pires que l’insécurité
Lorsqu’une plateforme absolument dominante commence à supprimer de force des outils tiers au nom de “votre sécurité”, la balance a déjà penché. Le développeur Night_Thastus a parfaitement résumé ce sentiment de désillusion : “But I will keep using it [Firefox] until they pry it from my hands. And if they do, I’ll use forks until those break down too. I can’t stand Google, or what Chrome has become. No single company should have such unilateral control over the internet and its information.”
Google souhaite un écosystème d’extensions plus propre qu’il peut entièrement contrôler. Mais ce dont des centaines de millions d’utilisateurs ont véritablement besoin, c’est d’un outil capable de bloquer les publicités frauduleuses et de protéger leurs familles des escroqueries. Une décision de sécurité par défaut prise par une plateforme au nom de ses utilisateurs peut, lorsqu’elle s’avère mauvaise, être bien plus dangereuse que si les utilisateurs faisaient eux-mêmes le mauvais choix.
Références :
- Web Iterate
- Discussion sur HN (item?id=49514878)